Mardi 4 mars 2008
Un rapport dangereux  de BENTOLILA pour DARCOS
Une réponse bienvenue de Hubert MONTAGNER.


Monsieur BENTOLILA a assuré la direction scientifique d'un rapport commandé par le Ministre de l'Education Nationale DARCOS. Ce rapport daté de décembre 2007 s'intitule :

LA MATERNELLE AU FRONT DES INEGALITES
LINGUISTIQUES ET SOCIALES


Monsieur BENTOLILA pose en introduction du rapport des jugements péremptoires. Selon lui la maternelle repose sur une illusion de ses performances passées et vit aujourd'hui sur ses acquis. Elle serait toujours selon lui suivie par la quasi totalité des enfants, bien que non obligatoire, surpeuplée ( ce sont ses termes), "elle fait illusion aux parents qui y voient ce qu'elle montre le mieux :de la bienveillance, de la présence dans le tissu social, une forme d'encadrement, des productions d'élèves joliment mises en scène.
(en un mot : parents vous êtes des cons!)
Donc pour ce Monsieur il est temps de proposer l'arrêt "des colliers de nouille" (du moins est-ce l'idée qu'il a de l'école maternelle), l'arrêt des jours de fête; car bein sûr, chers instituteurs vous n'êtes que des super-animateurs de centre de loisir. Il va vous falloir devenir de vrais instituteurs rentables et efficaces dans une école maternelle qui serait rendue obligatoire dès trois ans. Vous serez ainsi les piliers du cycle 1 d'une école entièrement repensée, remodelée, réorganisée...

Je vous laisse le soin d'apprécier le texte et les critiques non voilées du travail des enseignants et la naîveté du regard prétendument béat porté par les parents. (l'intégralité du texte en lien sur le titre).
Vous devrez accepter, parents que soient revus le temps et la rotation des ateliers, que soit augmenté quotidiennement le temps de concentration de chaque élève sachant que les instituteurs "seront centrés sur les progressions des compétences à travailler".
Objectifs, horaires, programmes, tout sera précisé par niveau de classe.
Collations, déplacements, habillage, passage aux toilettes, tout cela réparti dans les temps de récréation, c'est peut-être éducatif mais c'est une perte de temps "il n'y a là selon BERTOLILA, aucun apprentissage scolaire"... Que dire de la sieste, du temps consacré aux comptines et chants...et sachez qu'en pédagogie le silence a ses vertus.
A la place  de cette école maternelle inefficace et sclérosée il nous faut faire un cycle 1 qui doit "commencer à créer les fondements d'un patrimoine littéraire de qualité... et augmenter les performances.

Jevous laisse le soin d'apprécier le texte et les critiques non voilées du travail des enseignants et la naîveté du regard prétendument béat porté par les parents.
Le rapport de ce Monsieur est assez long à lire mais si vous vous arrêtez seulement aux phrases en gras, vous pouvez  avoir un résumé rapide de ce qui se trame.

Nous parents d'élèves avons déjà compris que ce Monsieur ne connaissait strictement rien à l'enfance, à l'intervention auprès des plus petits et nous sommes inquiets, une fois de plus de voir par qui est entouré le Ministre de l'éducation Nationale.

MAIS

Parmis les réactions un texte, motivé et motivant se lève contre ce sommet d'ignorance, ces propositions irréalistes et démagogiques, contraires aux intérêts de l'enfant.

Hubert MONTAGNER, directeur es-sciences (Psychophysiologue et psychopathologue du développement), Professeur des universités en retraite, ancien directeur de l'INSERM réagit dans un article :


Il y démonte argument par argument le rapport "formaté", "arbitraire", outrancier",  du Sieur BENTOLILA.
Je vous ais mis un lien internet sur le titre mais vous livre pour les plus pressés ses conclusions:

Conclusions de l'article du Professeur Hubert MONTAGNER :

Le rapport de Monsieur Alain BENTOLILA est inquiétant car il est dogmatique et simpliste. Il est également déshumanisé et deshumanisant. Monsieur Alain BENTOLILA considère en effet que les enfants d'école maternelle sont essentiellement des systèmes linguistiques qu'il faut formater dans des ateliers de langage oral dès la petite section. Pour celà, selon lui, il est impératif d'augmenter leur concentration intellectuelle au quotidien... comme si on puvait la décréter au(x) moment(s) souhaité(s).
L'élève "conçu" par Monsieur Alain BENTOLILA est nié dans ses dimensions de personne et d'enfant. A aucun moment, il n'est considéré comme une personne d'attachement, d'émotions et d'affectivité qui se construit dans les interactions sociales avec des partenaires multiples, notamment avec les pairs (selon Monsieur Alain BENTOLILA, "communiquer et parler avec ses pairs... conduit à l'insécurité linguistique"!). Ses systèmes de communication sont réduits au langage oral, et les processus de socialisation ne sont même pas évoqués... pas plus que les activités ludiques (le mot jeux apparaît une seule fois dans le rapport). De toute évidence, Monsieur Alain BENTOLILA oublie et ignore que la socialisation et les activités ludiques jouent un rôle primordial dans le développement de l'enfant, y compris au plan intellectuel et linguistique. Un besoin fondamental comme le rythme veille-sommeil est tourné en dérision. Les sensorialités auditive et visuelle ne sont considérées que dans l'acquisition et la maîtrise du langage oral, puis de la lecture et de l'écriture. Le développement du corps et les habiletés motrices sont escamotées. Il n'est jamais question de l'imaginaire (selon monsieur Alain BENTOLILA, le discours quotidien, les comptines et le chant doivent devenir des outils, dont les finalités sont l'acquisition d'un vocabulaire plus important, et l'apprentissage de la syntaxe et de la grammaire). La petite section apparaît comme une propédeutique de la moyenne section, elle même propédeutique du cours préparatoire, même s'il est affirmé que l'école maternelle doit être une école à part entière. Le dogmatisme, le réductionnisme et les dérives de Monsieur Alain BENTOLILA sont terrifiants.

En voulant imposer le tout lingustique comme pierre de voûte de l'école maternelle, Monsieur Alain BENTOLILA est implicitement élitiste alorsque, pourtant, il se propose de monter "AU FRONT DES INEGALITES LINGUSTIQUES ET SOCIALES". En effet, seuls les enfants vigilants, attentifs, disponibles, motivés et "sécures" peuvent faire l'effort entre trois et six ans d'être intellectuellement concentrés aux moments où ils sont sollicités pour un atelier de langage oral ou à d'autres moments qui nécessitent une forte mobilisation des ressources intellectuelles pour apprendre encore plus de vocabulaire et maîtriser encore mieux la syntaxe et la garmmaire... dans la mesure du possible et si c'est compatible avec les réalités du développement individuel.
C'est à dire, ceux qui, à la maison, ont une forte probabilité de baigner tous les jours dans un bain linguistique proche ou similaire de celui de l'école maternelle, dans les interactions accordées, la sécurité affective et l'attachement "sécure" avec leur(s) parent(s) mais aussi la "sécurité sociale" (revenus suffisants, emploi valorisant et rythmes de travail non épuisants des parents, logement suffisamment confortable, famille "accordée"...), que leur rythme veille-sommeil est respecté et que leurs autres besoins fondamentaux sont assurés. En revanche si on impose tous les jours ou presque des ateliers de langage oral à des enfants régulièrement non vigilants, non attentifs, non réceptifs, non disponibles, non motivés et non "sécures", on risque d'augmenter leur insécurité affective et leur insécurité lingustique. on sait que ces enfants ont une forte probabilité de ne pas vivre à la maison dans les interactions accordées, la sécurité affective, l'attachement "sécure" et la "sécurité sociale" (pauvreté, chômage, logement insalubre et exigu, conflits récurrents entre les parents...).

Avec les positions dogmatiques et outrancières de Monsieur Alain BENTOLILA, les inégalités sociales et lingustiques ont une forte probabilité de se creuser, en tout cas de ne pas s'atténuer. En outre, ça n'est pas en "matraquant" les enseignants qu'on va les motiver à s'investir encore d'avantage dans leurs missions.

Il est temps de sortir l'école maternelle de "l'oubli" et du dogmatisme, de redéfinir ses finalités et d'en faire une priorité pour la nation. C'est en effet entre trois et six ansqu'il faut agir intelligemment pour donner toutes leurs chances à tous les enfants, quelles que soient leurs particularités, quel que soit leur milieu familial, social, culturel et ethnique. Il faudrait notamment méditer l'exemple de la Finlande, reconnue par tous ou presque comme le meilleur élève de la classe européenne, un pays où on privilégie l'écoute, le bien être, les rythmes et l'épanouissement de l'enfant, et où l'apprentissage de la lecture à l'école est seulement organisé à partir de l'âge de sept ans.

  Du neuf sur liberation.fr (ce 12 mars 2007)

  Deux anciens ministres pas d'accord avec les réformes annoncées !

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