Dimanche 25 mai 2008


Je me suis toujours interrogé sur le sens que pouvait bien donner certains enseignants à la fête des mères. De retour de l'école, des bambins retrouvent leurs joyeux foyers et dans le plus grand secret cachent jusqu'au jour "J", colliers de nouilles, petits dessins, délicieux poèmes puérils.
Et les mamans émues de s'extasier devant tant de tendresse.

Je me souviens de ces jours fébriles où petit garçon j'étais obligé de préparer cet évènement sans en comprendre le sens. Fêter ma mère? ... Mon père nous donnait un peu d'argent, un commerce de fleurs était en place au sein même de l'école (il y a plus de cinquante ans), et nous achetions un cadeau "utile"... fer à repasser, poèle à frire... On ne gachait pas l'argent pour des futilités.

Certains, bien savants nous disent que cette fête trouve racine dans l'antiquité, et voient dans un culte à la déesse mère, un hommage rendu à la fécondité. Ils rajoutent que grecs et romains fêtaient les Matraliae, fête célèbre de la déesse de l'aube et de l'enfantement. L'église voyait d'ailleurs d'un mauvais oeil ces rites païens. Mais laissons là ces agapes paléolithique et anciennes pour en revenir à une histoire plus contemporaine.

En 1897, Alphone Daudet mourrait , Emile zola publiait sa "Lettre à la jeunesse",  Les Dreyfusards se mobilisent, Durkeim publie son étude sur "Le suicide". C'est dans ce contexte que des associations et les pouvoirs publics tentent d'instaurer un fête des mères comme fête officielle.
En 1906 l'Union Fraternelle des pères de famille méritants d'Artas organise la première célébration des mères de famille en récompensant les plus méritantes. Arrêtons nous un instant :

L’Union Fraternelle des Pères de Famille Méritants d’Artas.

             Cette société de secours mutuels avait été fondée en 1904 par Prosper Roche, un instituteur local. Les cotisations collectées permettaient de constituer un fonds de retraite et de soutien financier en cas d’incapacité de travail. Mais il s’agissait aussi d’une véritable société d’entraide entre ses membres - ayant au moins quatre enfants – dans leur « lutte pour l’existence » car ils avaient le devoir de:

    -Prêter un concours gratuit et dévoué aux veuves, jeunes orphelins et vieux ascendants de membres décédés sans fortune.

    -Assurer à la mère de famille en état de grossesse un repos salutaire pour elle et son enfant durant les quinze jours qui précèdent et qui suivent son accouchement.

              En 1905, les Pères Méritants adressèrent une requête au gouvernement pour qu’il encourage                 la maternité :

               « Considérant que pour être modeste et caché, le dévouement persévérant de la mère de                     famille méritante n’en est pas moins éminemment utile à la Nation.

    Considérant que les sentiments de patriotisme font un devoir aux Pouvoirs Publics                              d’encourager la procréation et par suite l’œuvre de la Maternité au moment où notre
                population a des tendances à rester à peu près stationnaire.

                 Par ces motifs, la société émet le vœu que le gouvernement prenne prochainement                             l’initiative  d’un projet de loi destiné à créer une série progressive de récompenses aux                     mères de familles méritantes ayant au moins quatre enfants…. »

    Deux articles du chapitre des statuts de la société intitulé Encouragement à la Maternité                     réglaient le mode de sélection des mères à honorer et le cérémonial de la fête.

                « Chaque année, en séance publique et solennelle, des félicitations, des diplômes et des                     médailles d’honneur, des prix en espèces pourront être accordés aux mères de famille                         membres de la société les plus méritantes. Décidés au vote secret de l’assemblée générale,                 ces encouragements seront attribués en raison du nombre d’enfants, du dévouement et                     des soins intelligents prodigués à ces derniers.

    Dans un rapport, un des membres du conseil d’administration fera ressortir les vertus et le                 mérite personnel de la mère de famille appelée à recevoir la récompense qui lui a été                         attribuée. Vêtues de blanc, deux jeunes filles s’avanceront ensuite vers ladite mère et lui                     remettront un bouquet composé de fleurs symbolisant ses qualités maternelles. Le                            président déposera alors une couronne de laurier artificiel sur la tête de cette mère de                         famille à qui il adressera des félicitations  ou remettra la récompense accordée…. »

     Parmi 12 candidates, 2 lauréates furent sélectionnées : Mmes Marie-Louise Bouvard et                         Marie Philippe, toutes deux mères de 9 enfants.

    La grande fête mutualiste organisée pour cette première manifestation de l’association eut                 ieu le 10 juin 1906, dans la cour de l’école de garçons d’Artas. Chacune reçut un prix de                     25F représentant environ 6 jours de salaire ouvrier à l’époque. A titre de comparaison, le                     prix du grand banquet réunissant près de 200 convives sous le préau de l’école était de                     3F25.

    Les Dames y étaient «admises» d’après l’affiche annonçant la manifestation.                                

Je laisse là le soin, à vous, Mesdames, de regarder comment la société de l'époque vous percevait et vous considérait. Quant à vous Messieurs essayez de penser à votre propre façon de percevoir les femmes dans notre société.

En 1918 De la Croix-Laval, colonel de la garde national et Président des hôpitaux de Lyon reprend l'idée de fêter les mamans de famille (nombreuses!). (Il s'est marié trois fois ce Monsieur et n'eut que deux enfants, laissant sans doute aux femmes du peuple le soin de fabriquer chair à canon et main d'oeuvre.)
Mais il faut attendre le régime de Vichy et le 25 mai 1941 pour que la fête des mères devienne une fête officielle en france à l'initiative du Maréchal Pétain. Pendant la libération et après, cette fête sera d'ailleurs mise à l'index car créée par Pétain.

La présence Américaine en france après la deuxième guerre mondiale et la mobilisation des américains autour du "mother's day" permettront d'après certains de "gommer l'image négative de la fête des mères en France", et le 24 mai 1950 Vincent Auriol, Président de la République institue la fête des mères comme fête officielle.
En tout cas il se développe autour de cette fête un "boom" commercial hypocrite, fleurissant et juteux

Voilà la triste histoire d'un fête qui nage entre "bourgeoisie fachisante", "Energie commerciale" américaine...
Une fête aujourd'hui encore dévoyée par le mercantilisme allié à une idéologie plus que douteuse.


Je signe cet article, j'en suis le seul responsable!


Michel REYNAUD.

 


                                                                                                                                                                                                 

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